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Experience du modelage, texte de Laurence.


  • Assise à même le sol, mon bloc d’argile fraiche au creux des mains, je travaille à l’aveugle, un bandeau sur les yeux, au rythme de percussions africaines aux sons saccadés et archaïques. Tantôt lisse, tantôt rugueuse, la terre est souple, presque froide au bout des doigts.

  • Ça tranche avec la douce chaleur du soleil que je sens caresser la peau de mes mains, et celle de mon visage et mes paupières à travers le foulard. Concentrée sur ces sensations, mon esprit s’évade.

  • Pendant près de 40 minutes, mes mains pétrissent, elles agissent seules, à leur gré. Je les laisse faire, selon leurs sensations, leurs envies. Je les suis sans les voir, elles vont seules, autonomes. Je suis dans le noir complet. Je creuse, je creuse encore. Je creuse plus loin, toujours plus loin, plus en profondeur, je descends plus bas, encore plus bas. Mes pouces s’activent, il y a tant de terre à dégager. Mes doigts, mes mains continuent à travailler. Elles deviennent nerveuses, arrachent, gravent, déchirent, massent, tordent ce petit bloc d’argile si malléable. Pendant près de trois quart d’heure, tout se mélange, mes sensations d’aujourd’hui, celles de ces dernières années.

  • Quand la musique s’arrête, je me rends compte que je n’étais plus présente à ce que je faisais, j’avais complètement déconnecté de la réalité. Je n’étais plus dans l’ici et le maintenant. Mes mains peinent à s’extraire de cette terre fraiche comme si elles refusaient d’en sortir tant elles s’y sentent bien.

  • Retour à la réalité : confrontation : Que dois-je comprendre de ce que mes mains ont sculpté, plongées dans le noir absolu ? Quel message dois- je y voir ? Nous continuons à creuser, gratter, mais cette fois par la danse et l’écriture comme pour aller voir ce qu’elle a dans le ventre, cette terre finalement inconnue de nous, pour mettre à jour ce qu’elle cache.